L'ÉTÉ INDIEN EN AMÉRIQUE

Si vous planifiez un itinéraire en voiture durant la saison de l'été indien, vous pourrez trouver ce qui suit très intéressant.

Nous pouvons donner deux définitions de l'été indien. La première est plus scientifique et la deuxième, plus populaire.

Scientifiquement, pour connaître l'été des Indiens, il faut bénéficier d'au moins 3 jours d'ensoleillement consécutifs avec des températures au-dessus de la moyenne, survenant après une période de gel. L'expression " été des Indiens " fait référence à l'histoire des Amérindiens, qui profitaient autrefois de cette période pour terminer leurs récoltes avant l'arrivée de l'hiver. Il est cependant difficile, voire impossible, de prédire la date de sa venue.

Dans l'imaginaire collectif, nous identifions plutôt l'été indien au feuillage changeant des arbres qui deviennent multicolores, allant du jaune au rouge, en passant par l'orangé. C'est un phénomène unique qui n'existe qu'en Amérique du Nord. Ces couleurs automnales se dévoilent entre la mi-septembre et la fin octobre, mais elles atteignent leur apogée entre le début et la mi-octobre. Bien sûr, tout cela dépend des régions et des années.

En somme, il s'agit d'une saison magique. Il faut voir ce spectacle de la nature au moins une fois dans sa vie.

 

LÉGENDE HURONNE

Pourquoi les feuilles rougissent-elles à l'automne?

Dans le mois des feuilles qui tombent, l'arbre qui donne le sucre devient couleur de sang. Vous autres, les Blancs, prétendez que c'est à cause du froid, mais les Hurons, nos pères, expliquaient la chose d'une autre façon.

Ils racontaient qu'autrefois hommes et animaux voyageaient librement entre notre île flottante que supporte la Grande Tortue et la Terre d'un haut qui est le domaine de la Petite Tortue. Ils montaient et descendaient à l'aide du pont de toutes les couleurs que vous appelez arc-en-ciel.

Ici ou là-haut, ils ne faisaient que se promener et jouer; afin d'éviter la guerre et les querelles, le Grand Esprit leur avait ôté la faim et la soif. Il faisait aussi durer les mois chauds toute l'année de sorte que les hommes n'avaient pas besoin de prendre aux animaux leur robe de fourrure.

Sur l'île de la Grande Tortue et sur la terre de la Petite Tortue tout alla bien pendant un nombre incalculable de lunes; jusqu'au jour où Rat - chez qui loge depuis l'esprit de Taouéskaré, le mauvais frère - proposa de jouer à qui volerait le plus haut chez les oiseaux et à qui courrait le plus vite parmi les animaux de la forêt.

Alouette qui porte une demi-lune noire sur la gorge, monta la première en chantant son chant d'amour et on la perdit bientôt de vue, mais Faucon, qui était juge, fit une marque dans le ciel à l'endroit où elle s'était arrêtée avant de descendre.

 

Après Alouette, Martin-pêcheur, Gelinotte et Harle se vantèrent de pouvoir faire mieux, mais tous les animaux purent voir qu'ils en étaient incapables et à leur retour, pour les moquer, on leur tira un peu les cheveux. Ils les ont encore droit sur la tête.

Vint le tour d'Aigle. Une fois au-dessus des arbres, il se mit à tourner lentement, s'élevant un peu plus haut à chaque tour, si bien que Faucon - qui a pourtant de bons yeux - finit par le perdre de vue. Il descendit dire aux autres que l'aigle était l'oiseau qui volait le plus haut, ce que tous savaient déjà.

Mais quand Aigle revint sur notre île, le dos encore humide d'avoir frôlé les nuages, Roitelet qui s'était caché sous les plumes de son cou sortit de sa cachette en s'ébrouant et réclama la victoire sous prétexte que tout le temps il avait été au-dessus de celui qui le portait. Faucon le fit taire d'un coup d'aile qui l'étourdit et l'empêche depuis de voler haut.

 

La course des animaux de la forêt fut ensuite disputée. Mohouse, l'élan, Oua-oîia-ché-guèche, le cerf, Wapouse, le lièvre, Méchi-gan, le loup, Mishi-biji, le cougouar et Ah-tik, le caribou, partirent ensemble, mais à la surprise générale ce fut le lièvre qui arriva le premier. Il faut dire que Oua-kouse, le renard, pour jouer un tour aux autres, lui avait fait placer ses frères tout le long du parcours. Le dernier n'eut que quelques sauts à faire pour battre le cerf qui était loin en avant de ceux qui avaient pris le départ avec lui.

Cette fois Ours était juge et Mokwa, on le sait, a la vue basse. Ne pouvant distinguer un frère lièvre d'un autre, il proclama vainqueur celui qui avait franchi la ligne d'arrivée. Le cerf en fut fâché. Sans mot dire il quitta l'assemblée et sans attendre les autres remonta dans la Terre d'en haut par le pont de toutes les couleurs.

 

Sa conduite déplut à Ours qui le suivit pour lui faire des remontrances. Au lieu de s'expliquer avec lui, Cerf hérissa le poil sur son dos et chargea son compagnon tête baissée. Mokwa se défendit de son mieux, mais il fut blessé à plusieurs endroits et il aurait peut-être été tué si Loup qui l'avait suivi n'avait pris sa part et chassé Cerf.

Poursuivi par Loup qui est demeuré depuis son plus dangereux ennemi Oua-oua-ché-guèche se sauva et ses bois, couverts du sang d'Ours, dégoulinèrent sur les feuilles des arbres à sucre. Depuis, elles prennent tous les ans la couleur du premier sang versé sur la terre.

Ainsi l'a ordonné le Grand Esprit afin que les animaux se rappellent comment eux-mêmes mirent fin à la Grande Trêve et que les hommes profitent de la leçon. Et pour punir Cerf, le Grand Esprit a aussi voulu que lorsque les feuilles rouges seront tombées depuis deux lunes, Cerf perde aussi ses bois et soit livré sans défense à Loup.